top of page
Rechercher

Samain

il y a 6 jours
5 min de lecture

Ce mois-ci, je vous ai proposé, chaque vendredi, une série de lectures autour des sorcières. Des albums jeunesse aux romans pour adultes, ces récits nous présentent des sorcières rigolotes, maladroites, érudites ou encore incomprises. Mais pourquoi ce choix me direz-vous? Parce qu’à la fin du mois, une fête donnera lieu à de nombreuses apparitions de sorcières, monstres et autres créatures étranges: Halloween ! Certains diront que c’est une  fête commerciale mais c’est bel et bien une fête ancestrale qui n’a pas une origine américaine comme on le peut le penser mais bien européenne. Alors d’où vient cette célébration ? Je vous explique tout dans cet article.



Une fête celtique

À l’origine, il y aurait une fête celtique: Samain (mot gaélique à l'étymologie controversée; on pense à la contraction des mots "sam", pour "été", et "fuin", pour "fin"). Elle marque le début et la fin de l'année celtique et annonce le début de la saison sombre. Elle n'appartient ni à l'année qui se termine ni à celle qui commence : c'est un jour hors du temps où le voile entre le monde des vivants et des morts est tellement fin que l’on peut passer de l’un à l’autre. On la situe dans la nuit du 31 octobre et 1e novembre mais, comme toutes les principales fêtes celtiques, Samain compte trois jours de solennités : le premier est consacré à la mémoire des héros, le deuxième à celle de tous les défunts, et le troisième est livré aux réjouissances populaires et familiales marquées par des réunions, des festins de toutes sortes qui pouvaient se prolonger pendant une semaine.


La veille de la nuit de Samain, avait lieu la cérémonie de la renaissance du feu. Dans les maisons, on éteignait les feux de l'âtre avant de se rassembler à la nuit tombante sur la place où les druides procédaient à l'allumage d'un nouveau feu sacré en frottant du bois sec du chêne sacré. Ils allaient ensuite allumer de grands feux de joie sur les collines environnantes pour éloigner les mauvais esprits. Puis chacun repartait avec quelques braises tirées du nouveau feu sacré pour rallumer un nouveau feu dans l'âtre de sa maison et protéger ainsi le foyer tout au long de l'année. 


Dans la nuit du 31 octobre, on croyait que le monde des morts, des fées et des sorcières entrait en contact avec celui des vivants. On croyait ainsi que les âmes des défunts revenaient errer autour des maisons des vivants c' est pourquoi on laissait la porte entre ouverte et une place à table et on plaçait des lanternes sur les chemins pour les guider. 


Et après?

Cette tradition n'a pas complètement disparu ni avec la romanisation de la Gaule, ni avec le développement du catholicisme. Grégoire IV décida, en 840, d’abolir Samain mais de faire du 1 er novembre, le jour de tous les saints. La référence à Samain était présente malgré tout et devenait encore  plus claire lorsque, trois siècles plus tard, à la fête des saints, on ajouta la fête de tous les morts.


Une origine celtique, vraiment?

Peut être pas. Ce pourrait être une fête irlandaise. Certaines sources sur les origines et la célébration de la fête de Samain sont à attribuer aux moines irlandais du Moyen Âge, qui consignent – et surtout christianisent – la mythologie gaélique. On y apprend que Samain était l'une des quatre fêtes de l'année, qu'elle marquait bien le début de la saison sombre (et la fin de la saison claire selon l'ancien calendrier celtique), et qu'elle se voulait en cela une fête de transition. Plus tard, certaines traditions irlando-écossaises, dont Samain, auraient été remodelées par les historiens de la couronne d'Angleterre dans le but de satisfaire un besoin d'identité culturelle. "Les Irlandais étaient un peuple délaissé, soumis à des famines successives. Attribuer à l'une de leurs fêtes populaires des racines celtes et antiques était une manière de servir un sentiment national", explique Jean-Louis Brunaux (archéologue spécialiste de la civilisation gauloise). Cette fête irlandaise était celle, chrétienne, de la veillée de la Toussaint – "The evening of all Saints' day", qui devint, par contractions successives, "All Hallow's Eve'" et enfin "Hallowe'en".


Et les citrouilles dans tout ça ? 

Là encore, c’est difficile à dater. Mais l'on trouve des traces d'une légende dont provient sans doute la tradition de la citrouille dès 1750 en Irlande et en Écosse : celle de Jack-o'-lantern. Ivrogne et mesquin, ce maréchal-ferrant prénommé Jack ne parvint jamais à entrer au paradis à cause de sa vie de débauche. Mais l'Enfer lui fut aussi refusé après plusieurs mésaventures avec le Diable de son vivant. Ainsi, depuis le jour de sa mort – un 31 octobre – il fut condamné à errer dans le noir avec pour seul repère… un navet creusé en guise de lanterne.


Dès lors, la coutume voulait que l’on creuse ce légume et que l’on y place une bougie le soir d’Halloween. Lorsque les Irlandais et les Écossais émigrèrent en Amérique, ils troquent les navets contre des citrouilles, plus simples à creuser et plus courantes sur ce continent. 


Ce n’est que dans les années 1930, aux États-Unis, que les enfants ont pris l’habitude d’aller le soir de maison en maison frapper aux portes et réclamer des friandises.


Et en France?

Chez les Bretons, fortement marqués encore par un passé celtique, la fête de tous les saints est étroitement liée à Samain. "En Bretagne, bien des croyances sont proches de celles que l’on trouve en Irlande, notamment celle en l’existence de l’Autre monde, nommé l'Anaon. Mais c’est surtout dans la nuit du 1er au 2 novembre - influence probable du christianisme – que s’entrouvrent ses portes", explique Fañch Postic (ethnologue spécialiste des mondes bretons et celtiques et membre associé du Centre de recherche bretonne et celtique).


Des traces de pratiques similaires à l'Halloween irlandais, on en trouve en Bretagne dès le 17e siècle : par exemple, parce qu’on croyait que les défunts étaient dehors cette nuit là, il ne fallait pas balayer la maison de peur de les pousser dehors, D’une manière générale, il convenait de ne pas s’attarder dehors au cours de la nuit du 1er au 2 novembre, afin d’éviter les mauvaises rencontres, car dans l’Anaon se trouve également toute une série d’êtres fantastiques plus ou moins recommandables. On chantait et on plaçait des betteraves éclairées par des bougies devant les maisons pour effrayer les morts.





Finalement, Halloween n’est peut être pas qu’une fête commerciale si l’on considère ses origines et ses motivations. Cela célébrait la nature, ses cycles, c’était respectueux. Et c’était également un moment convivial, de rassemblement. Peut être est-ce cela qu’il faut retenir. Une occasion de se ressembler!


A bientôt pour de nouvelles aventures magiques!

Stéphanie

 
 
 

Commentaires


bottom of page